Accéder au contenu principal

Projet de texte


"Ce qui se donnait pour la réalité et qui a tenu, longtemps, dans un cercle de un kilomètre de diamètre, m’a inspiré d’emblée un puissant déplaisir " P. Bergounioux, Le Premier mot

Les pères étaient silencieux, les mères voulaient s’occuper. Les pères semblaient ailleurs, les mères dirigeaient et se frottaient au réel. Elles désiraient profondément nous atteindre, nous gagner, mais le rouleau compresseur était passé par là, on ne pouvait rien faire, un gigantesque fossé boueux s’était creusé entre elles – je ne parle même pas d’eux – et nous. Elles étaient les rejetons de ceux qui avaient cru à un rythme générationnel d’ascension sociale : elles avaient à la fois touché les dernières bêtes faméliques des basse-cours, une certaine vie bucolique, et les bancs étroits des facultés des villes. Le cul entre deux chaises, les mères avaient été témoins du bouleversement, mais ne pouvaient – qui l’aurait pu ? – en prendre toute la mesure. Sûrement pas nous qui, par rapport à nos génitrices bachelardiennes, étions déjà des cyborgs. 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Du train

 

« Ceux qui n’écrivent pas »

Dans La Préparation du Roman , Barthes fait part d’une interrogation qui, lorsque je l’ai lue pour la première fois, me paraissait pertinente, allant de soi, mais qui me paraît de plus en plus curieuse. Elle concerne les lecteurs. Dans toute cette partie du cours, Barthes réfléchit aux raisons et méthodes menant à l’écriture. Son point de départ est que le désir d’écrire naît de la lecture, d’un choc esthétique que l’on voudrait reproduire ; défendre une cause, militer, distraire etc. sont des motifs valables mais plutôt rétrospectifs : des alibis. Cela me paraît très juste, la dynamique de la lecture et de l’écriture étant, me semble-t-il, bien plus centripète que centrifuge.               Bref, un peu plus tard, après avoir fait un détour par les questions d’imitation et d’inspiration, Barthes en vient à une étrange digression s’intitulant « Ceux qui n’écrivent pas ». Et c’est là que survient cette interrogation fausse...

"Allez savoir pourquoi" - quelques mots sur Le Maître et Marguerite

     Le diable arrive dans le Moscou des années 1930. Accompagné de trois acolytes et d’un chat malicieux, il provoque troubles et scandales, exhibe la vie terne des moscovites et permet à un écrivain en disgrâce interné, le maître, de retrouver Marguerite, sa bien aimée. C’est, très grossièrement résumé, le cœur du Maître et Marguerite , le chef d’œuvre de Boulgakov dont A. Markowicz et F. Morvan ont proposé une nouvelle traduction en 2020. Ce roman-monde, dont l’ambition n’empêche jamais le plaisir de lecture, annonce les grands romans du 20e siècle associés au réalisme magique, de García Marquez à Rushdie, qui toujours articulent une forte réflexion politique au fantastique et au poétique. La première partie du roman est centrée sur les actes de satan – appelé Woland, à la suite de Goethe – dans Moscou : la mort de Berlioz sous les yeux du poète Sans-Logis, la traque illusoire de satan par Sans-Logis, son internement, la folie qui gagne peu à peu l’administration du th...